La mémoire du soleil
The memory of the sun
2024
Je parle ici du devoir de mémoire à travers une seule photographie d’Auschwitz déconstruite en plusieurs prises de vue. À partir de mon premier souvenir de ce lieu, j’évoque l’histoire d’une image, de la Photographie et de notre mémoire collective. J’invite lea spectateur·ice à interroger la manière dont nous occultons, déformons ou effaçons l’Histoire à des fins politiques et le danger que cela représente.

Lors de ma première visite en 2009, je marchais dans le camp. Une image s’est figée en moi., J’étais là où se décidait le sort des déporté·es et où les cendres étaient dispersées et la une belle lumière paisible semblait vouloir faire oublier la tragédie. Ce sentiment s’est imprimé en moi.

J’en ai tiré quatre aquarelles, aujourd’hui perdues. En 2016, je suis retourné sur place pour photographier ce souvenir. Une série est née, mais il m’a semblé nécessaire de rendre le travail plus impactant. La photographie reste pour moi le médium le plus instinctif pour interroger la mémoire : elle capte, fige, transforme, voile ou révèle. Dans ces images, j’ai abordé le sujet avec pudeur et respect.
Depuis ces visites, la situation politique n’a fait qu’empirer. La mémoire de la Shoah est toujours instrumentalisée. Sept ans après mon premier travail, j’ai décidé de retourner à Auschwitz pour photographier à nouveau mon souvenir : un projet réalisé en une seule fois comme une performance, un seul et unique cadre, construit par strates d’exposition, jusqu’à deux heures de pose. Ce temps accumulé agit comme une superposition de couches mémorielles, évoquant la création et la disparition de l’Histoire. La lumière solaire s’est ici imposé à moi, marquant toutes les images au même endroit.

Sur certaines prises, j’ai mené un travail de post-traitement destructif : tirages attaqués à l’acide citrique ou à la javelle, parfois brûlés. La mémoire apparaît alors déformée, abîmée, détruite. Chaque intervention devient métaphore des gestes corrosifs infligés à l’Histoire à des fins idéologiques. Même quand on tente de la détruire, elle reste là : la mémoire des camps de concentration ne doit pas disparaître.
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