Chaque jour est un bon jour

2019-2021
Chaque jour est un bon jour est un enseignement transmis par mon maître de thé. Ce kōan, attribué au moine Yunmen Wenyan, invite à accueillir chaque instant tel qu’il est. À travers ce travail, j’invite le·a spectateur·ice à en faire l’expérience, non pas comme une idée à comprendre, mais comme une sensation à éprouver.

Le commentaire de William Scott Wilson exprime avec justesse le sens du kōan et, en filigrane, celui de ce projet :
« Dans le passage du temps, il n’y a pas de moment favorable ou défavorable. Ces jugements sont dans ton esprit... Chaque jour est une bénédiction, chaque jour une opportunité pour l’éveil ou pour améliorer ses compétences. »

Pendant un an et demi, suivant le rythme d’un ancien calendrier sino-japonais de vingt-quatre saisons, j’ai photographié le mont Fuji à la chambre. Deux lundis par mois, 10H de trajet, toujours le même, pour aller lui tirer le portrait. 

Souhaitant ne pas l’enfermer dans le cycle arbitraire d’une année, je me suis arrêté sans préméditation à trente-six images. Photographier une seule fois par saison fut un apprentissage du non-agir : accueillir ce qui vient, sans intention esthétique.

Face aux images, le regard du spectateur-rice est invité à un temps suspendu, un espace de silence où se déploie la lenteur. La montagne devient présence, miroir du monde et de notre propre impermanence.
Le projet trace le pas d’un pèlerinage intérieur : le moment décisif ne réside plus dans l’événement, mais dans la disponibilité du regard.

Inspiré par les observatoires du paysage, ce rituel interroge le médium photographique lui-même : né d’un contexte industriel, peut-il devenir un instrument d’éveil ?
Observer l’inobservable fut l’origine de ce projet.

Chaque jour est un bon jour se déploie comme une expression contemporaine du zen. Le geste photographique, guidé par les vingt-quatre saisons, devient un rituel contemplatif.
Le mont Fuji, apparente éternité, s’érode imperceptiblement — révélant la lente transformation du monde.
Ce projet propose une expérience du temps, du vide et de la présence : une invitation à percevoir autrement, à ressentir sans chercher à saisir.
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