Les terres affamées

2018
Dans "Éloge de la marche", David Le Breton écrit : « Tout paysage est menacé parce qu’il constitue, pour nos sociétés contemporaines, un espace à conquérir et à rendre profitable (…) ». Lorsque j’ai regardé la région de la Beauce (au sud-ouest de Paris), je n’ai pu m’empêcher de penser à ces paysages de Don McCullin, hantés par la guerre. Les chars agricoles ont conquis les paysages. J’ai voulu photographier l’Homme à travers le résultat de ses actions. Dans mes photographies, je cherchais la brutalité de ces paysages assoiffés d’espoir. Je suis consterné.

J’ai marché dans ce désert. J’ai vu ces maisons surgir d’un sol mourant comme des champignons agglomérés les uns aux autres. Les gens sont cloisonnés, recroquevillés par peur de ce néant artificiel. Ils ont enfermé le gibier au milieu de quelques arbres. Il y a trente ans, ces arbres n’existaient pas. Il y a cent ans, ils étaient partout. Les voitures traversent la région. On ne s’arrête pas ici ! À chaque pas, mes pieds touchaient un sol meurtri. Ces terres semblaient vouloir m’engloutir. Elles qui sont censées nourrir tant de personnes étaient affamées.

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